Ecoute et lâcher prise : un grand ‘ouïe’ au taoïsme…

Ecoute de bateau

Ecoute et lâcher prise : en temps de crise, un grand ‘ouïe’ au taoïsme…

My Weekly Wander #7 – 15 septembre 2020

 
Après vous avoir avoué la semaine dernière que la philo n’était pas mon fort à l’école, vous allez vous demander pourquoi je vous bassine de nouveau avec un philosophe après avoir parlé de Philosophy Is Sexy dans mon dernier billet.

 
Les hasards des lectures semblent conspirer pour me faire revoir ma copie de philo 🙂 car l’article qui m’a le plus interpellée cette semaine est une tribune du philosophe Philippe Nassif intitulée Génération Désorientée. Ecrite pendant le confinement, je la trouve hyper intéressante et particulièrement d’actualité pour une rentrée placée sous le signe de l’écoute et du lâcher-prise.

 

Sans projets, point de salut ?

 
Il y explique très bien pourquoi notre génération s’est trouvée désorientée par l’absence de “projets” et l’impossibilité de “pré-voir”. Parce qu’on a tendance à penser que notre vie n’a de sens que si on est capable de se projeter dans un avenir qu’on a l’impression de maîtriser, avec un projet dont on pourrait prévoir le déroulement et au service duquel on mettrait toute notre volonté.
 

Je me suis beaucoup questionnée ces derniers mois justement sur la nécessité (ou non) d’avoir des projets, ces fameux objectifs à moyen et / ou long terme ! J’ai spontanément plutôt la tendance inverse : éviter les projets à tout prix (ou en tout cas le prétendre) et me laisser porter par la vie et mon intuition – en qui j’ai plutôt confiance – pour m’aiguiller dans la bonne direction.
 

J’ai toujours abhorré par exemple la rituelle question des entretiens d’embauche : “où vous voyez-vous dans 5 ou 10 ans ?” Rien de tel pour me hérisser le poil et me donner envie de prendre la poudre d’escampette. De la même manière, je ne me suis jamais demandé par exemple à quoi ressemblerait ma maison (ou appart) idéale. Je serai bien incapable de vous la décrire, en revanche quand j’arrive quelque part, je “ressens” si cet endroit est bon pour moi, s’il résonne ou pas.

 
Mais beaucoup de choses lues et écoutées dernièrement me ramenaient toujours à la fameuse “nécessité” d’avoir une vision – ne serait-ce que très grossière – et des objectifs plus ou moins clairs. En mode : comment voulez-vous garder un cap et avancer vers ce qui compte le plus pour vous si vous n’avez pas défini préalablement votre.vos projet.s ?

 
Ebranlée par ces raisonnements qui me paraissent assez logiques et légitimes, j’ai même tenté l’exercice de consacrer deux heures à écrire des objectifs à moyen terme. Et beh je dois dire que je me suis retrouvée confrontée à l’angoisse de la page blanche… avant de réussir tout de même à déterminer des points qui me paraissaient essentiels et pouvaient me servir de cap / bouée de sauvetage dans cet océan d’incertitudes du moment.

 
J’y avais même trouvé une sorte de (ré)confort… Et voilà t’y pas que ce bon vieux Philou me dit le contraire maintenant ? C’est à en perdre son latin.

 

Apprendre à écouter plutôt que pré-voir

Puisque la vision nous fait désormais défaut, Philippe Nassif propose donc une approche taoïste où nous déciderions de cultiver un autre sens : celui de l’ouïe, en se mettant à l’écoute de la situation comme l’enseignait le philosophe Tchouang Tseu. En nous détachant de tout objectif pré-établi pour mieux entendre la réalité environnante.

 
En quelque sorte : renoncer à ses intentions et gagner en attention pour recevoir, in fine, des intuitions. Au lieu d’imposer mes vues sur le réel, c’est la situation qui me requiert, m’appelle, convoque mes forces et mes ressources, m’indique dans quel sens je devrais agir. “C’est une inversion de notre manière habituelle d’opérer : d’abord je m’engage, et ensuite je comprends.

 

Savoir créer de l’espace

Et là pour le coup, ça me parle à fond. Loin de moi l’idée de dire que c’est un exercice facile, hein, je vous arrête tout de suite !!! Il m’a fallu pas moins d’une traversée du Pacifique à la voile et près de 15 jours en mode encéphalogramme totalement plat pour être capable de connecter ENFIN avec mes émotions et mes sensations.

 
Plus exactement : c’est précisément au moment où j’avais l’impression que littéralement rien ne me traversait l’esprit ni le coeur que j’ai ressenti la plus grosse épiphanie de ma vie.

 
Au beau milieu d’un quart de nuit, toutes les pièces du puzzle se sont assemblées et me sont tombées dessus comme des évidences. D’un coup, j’ai réalisé à quel point ces semaines se révélaient tout sauf “plates” et avaient justement permis de créer les conditions pour faire de l’espace et laisser sensations et émotions émerger d’une manière extrêmement pure.

 

Se laisser submerger par ses sensations


C’est précisément ça je pense les enseignements du taoïsme dont Philippe Nassif se fait ici l’écho. Je vous laisse lire le texte dans son intégralité si ça vous intéresse. En tout cas, les phrases ci-dessous me parlent tout particulièrement.

 
“La disponibilité à ce qui est là nous met en résonance avec l’entièreté de la situation. Lorsque nous parvenons à nous délester de nos intentions, nous pouvons recharger notre attention. Nous ne visons rien, donc nous percevons tout : la quête de sens commence par un afflux de sensations. Et c’est seulement dans ce « jeûne de la volonté », précise Tchouang Tseu, que « l’acte juste s’assemble » de manière « naturelle », « sans effort », spontanément.”

 
“Le lâcher-prise commande une certaine générosité d’être, un courage pour s’installer dans un état initial qui nous rende plus poreux à la situation […] favorable à l’écoute du monde qui nous entoure et des émotions qui nous traversent. Peut-être plus vulnérables, mais possiblement plus féconds.”

 
Et Philippe Nassif de conclure: “Etre à la hauteur de la catastrophe, c’est d’abord lui adresser un grand « ouïe » (et aussi s’autoriser de temps à autres à des jeux de mots bancals). Alors, et seulement alors, nous pourrons mieux entendre ce qui a amené les chinois à traduire le mot « crise » par « wei-ji » : « Danger-Chance ». ”

 
Je vous souhaite à tous une Wanderfull semaine placée sous le signe du “ouïe”…

1 commentaire (sûrement très pertinent)

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