MALAWI : escapade à Likoma Island

Un petit bout de Malawi dans les eaux du Mozambique

Pour fêter mon anniversaire en septembre, j’ai eu envie de m’octroyer quelques jours de vadrouille en solo pour rejoindre l’île de Likoma, au centre Est du lac Malawi. Alors avant toute chose, je vous ai mitonné une petite vidéo de ce périple merveilleux pour vous mettre en appétit pour l’article ci-dessous :

Bien que située dans les eaux territoriales du Mozambique, Likoma a toujours appartenu au Malawi. Depuis le sud de l’île, on a une vue panoramique sur la côte sauvage du Mozambique, à 40 kilomètres à peine.

Cette île de 18 km2 seulement a la réputation d’être un petit bijou encore sauvage et préservé. En outre, elle n’est accessible qu’au terme de 2 jours de navigation sur le ferry Ilala, quand on part comme moi du sud du lac Malawi, depuis Monkey Bay ou Senga Bay. Autant de raisons pour aller y faire un tour dare-dare : j’ai toujours aimé ces lents voyages en bateaux ou ferrys qui assurent le transport d’hommes et de marchandises et font des heures d’escales un peu partout en chemin ! Ils permettent d’appréhender la nature des échanges entre différentes régions d’un même pays, de s’arrêter dans des endroits reculés, d’observer les habitudes et discuter avec les locaux et aussi tout simplement de ralentir le rythme en regardant le paysage ou en éclusant son stock de bouquins.

Ilala Ferry a quai

Je compte bien vous raconter un jour mon voyage épique de l’été dernier sur le Cobia 3, un bateau tout rouillé qui assure le transport de marchandises entre les atolls perdus de l’archipel des Tuamotus en Polynésie Française et peut accueillir jusqu’à 12 passagers. En attendant, vous pourrez lire dès la semaine prochain mon post dédié au voyage de deux jours et une nuit (si j’ose l’appeler ainsi) sur le pont du Ilala, ce ferry mythique qui sillonne le lac Malawi depuis 1949.

Il existe une autre version plus hype pour rejoindre Likoma : se faire déposer par un petit avion-taxi de la compagnie Nyassa Air Taxi sur la piste aménagée à la sortie du village principal. So chic… mais forcément, un poil plus onéreux. Il faut dire que l’île abrite le Kaya Mawa, le plus bel hôtel du Malawi, une perle de boutique hôtel dont j’aurai l’occasion de vous parler aussi dans un autre post puisque l’agence de voyage pour laquelle je travaille au Malawi a profité de mon déplacement pour me demander d’y faire photos et videos.

Likoma piste atterrissage

 

Un endroit où le temps semble suspendu

Pour circuler, le meilleur moyen reste de prendre ses pieds ou de louer un VTT si l’on en trouve dans son hôtel. Il n’y a aucune route pavée, seulement quelques routes en terre qui traversent l’île de part en part et des chemins tortueux dans les collines. Le nombre de voitures est réduit à son strict minimum et il y a seulement deux taxis brinquebalants sur toute l’île… autant dire qu’à l’arrivée hebdomadaire du ferry, il faut parfois s’armer de patience avant d’avoir la chance de monter dans l’un d’eux. Les routes sont tellement cahotantes qu’au retour notre taxi a rendu l’âme en chemin vers le port et nous avons terminé à pied.

Taxi Likoma

Avant même d’être descendue du bateau, j’avais déjà craqué pour les eaux claires et les falaises découpées autour de Likoma. Dans le village où a lieu le débarquement, des hordes de personnes attendent ceux qui descendent ou simplement de pouvoir embarquer à leur tour sur le Ilala qui continue son chemin vers le Nord. Les villageois me saluent d’un sourire, d’un regard ou viennent carrément me serrer la main et échanger quelques mots. Le tout avec une grande gentillesse, sans essayer de vendre quoique ce soit ou indiquer la guest house de leur cousin.

Attente chargement Ilala Likoma

Ilala stop Likoma

Plage Likoma et Ilala

Chargement Ilala Likoma

Dans la rue principale, les échoppes habituelles se succèdent : épiceries, marché de vêtements d’occasion amassés en montagne de fringues au bord de la rue (pour la plupart tout droit venus d’Europe), stand pour acheter crédit téléphone ou téléphones mobiles (directement venus de Chine, eux), nombreux coiffeurs et barbiers aux noms plus farfelus les uns que les autres…

Likoma marche aux vêtements

Echoppes Likoma

Likoma bar

Likoma coiffeur

Un peu plus loin, on trouve le bar du coin (le « No Money No Friend Bar« … véridique), certaines des nombreuses églises ou paroisses du village, ainsi que l’unique gargote sans prétention de l’île : la « Hunger Clinic » ! Décidément, ils ont le sens de la formule sur Likoma… même si en l’occurence, il paraît qu’il vaut mieux appeler et s’assurer avant de s’y rendre qu’ils ont bien quelque chose en stock dans les frigos, ce qui n’a pas l’air d’être souvent le cas.

No Money No Friend Bar Likoma

En trois minutes, je me fais repérer par un groupe de jeunes garçons facétieux qui simulent des fausses poses de sport de combat devant mon appareil. Ils m’invitent en me prenant la main à les suivre vers la partie de la plage réservée aux pêcheurs et aux baigneurs. Des milliers de kapentas (petites sardines) sèchent au soleil tandis que les femmes nettoient leur linge dans le lac et les enfants enchaînent des sauts périlleux depuis une veille barque rouillée échouée sur la plage ou se poursuivent en faisant rouler des bidons vides.

Likoma gamins rue

Likoma poissons sèchent

Likoma gamins bidon

Bref, le temps que le taxi revienne de sa première course et avant même d’avoir traversé l’île jusqu’au Mango Drift, j’étais déjà tombée sous le charme indéniable de Likoma et de ses habitants placides et accueillants.

 

 

L’île aux baobabs

Ce qui frappe à la première traversée, c’est le nombre de baobabs de taille impressionnante, alors que leur nombre ne cesse de diminuer sur le continent, aussi bien en Zambie qu’au Malawi. Une des raisons de leur survie est probablement qu’il n’y a pas d’éléphants ici pour venir les grignoter jusqu’à hauteur de trompe ou les déraciner. L’île est aussi connue pour ses manguiers, mais ce n’est pas la bonne saison (et je ne peux que m’en réjouir, cf page A proposmême si 98% des gens de la planète me traiteront de folledingue).

Likoma baobab

Le paysage et les couleurs sont splendides : farandole de jaunes de la savane et verts de la nature sur fond de dégradé de bleus azur, côte découpée à la machette parfois, larges collines qui descendent doucement dans la mer ailleurs, longues langues de sable blanc… Il y en a pour tous les goûts.

Likoma berger et chevres

Likoma chemin randonnée

Likoma vue mer

Likoma maison baobab

Likoma barque

L’autre chose qui me frappe, c’est la qualité et le style des maisons. Elles sont toutes bâties en dur – contrairement à tout ce que j’ai pu voir ailleurs -, recouvertes souvent de peintures délavées par les embruns et assez spacieuses, construites sur un format rectangulaire, avec des fenêtres et entourées de petits jardins proprets. J’ai presque l’impression d’un coup d’être transbahutée sur une île de Méditerranée.

Ce n’est toutefois pas ici que je vais entendre parler grec ou italien : les 6000 à 9000 habitants de l’île (comme souvent en Afrique, obtenir une estimation précise relève du défi) sont majoritairement originaires des ethnies Nyanja et Tonga. Répartis dans 12 hameaux, ils vivent essentiellement d’une économie de subsistance centrée sur  la pêche – comme en témoignent les nombreux filets qui sèchent devant les maisons – et un peu d’agriculture.

Likoma maison pecheur

 

 

Un anniversaire improvisé sur un(e) bar(que) de pêcheur

J’ai élu domicile au Mango Drift, l’annexe charmante du Kaya Mawa pour voyageurs moins fortunés, située au Sud Ouest de l’île au bord d’une belle plage. Après une nuit sur le pont du Ilala où j’ai dormi sur un banc balayé par le vent et à peine fermé l’oeil, je suis ravie de me poser dans ce paradis perdu où vaquent quelques touristes.

Le centre névralgique de ce petit hôtel est le lounge, un espace ravissant ouvert à 180° sur la plage et fabriqué uniquement avec des objets récupérés. Le plus notable étant le bar constitué d’une ancienne barque de pêcheur recyclée, coupée en deux. Forcément, ça me plaît !!! Le nouveau couple responsable de la gestion de l’hôtel et du centre de plongée étant arrivé cinq jours plus tôt seulement, il se montre particulièrement accueillant, surtout après avoir réalisé que c’est mon anniversaire le jour-même au moment où remplis le formulaire d’accueil.

Rapidement, nous sommes confortablement assis au bar et je me vois offrir quelques tournées de shot et de bonne bière du Mozambique en discutant de leur vie précédente, qui les a amené dans beaucoup d’endroits différents de la planète. Après un dîner collectif à la bougie sur une grande table sur la plage, c’est moi qui ferme le bar officiellement en partant me coucher à 21h22 ! Grooooosse folie… mais j’avoue que je ne demande pas mon reste.

Likoma Mango Drift lounge on the beach

Likoma Mango Drift terrasse on the beach

Likoma Mango Drift bar pirogue recycle

 

 

St Peter’s Cathedral : délire architectural au plus haut des cieux 

L’histoire de Likoma est largement liée à celle des missionnaires de la Mission Universitaire d’Afrique Centrale (UMCA). Inspirés par David Livingstone, ils ont choisi cette île assoupie pour y bâtir leur siège dans les années 1880, afin de se protéger des attaques répétées sur le continent des ethnies guerrières Ngoni et Yao venues du Sud.

Entre 1903 et 1905, ils ont construit une gigantesque cathédrale de plus de 100 mètres de long et 25 mètres de large, dédiée à St Peter (le saint patron des pêcheurs, en toute logique). Supposée être d’une taille comparable à celle de Winchester en Angleterre, c’est une des plus grandes églises d’Afrique et un des bâtiments les plus connus du Malawi. Mais surtout l’un des plus surprenants, une apparition totalement incongrue qui émerge au détour de quelques arbustes après avoir traversé le village de Mbamba. Une sorte d’OVNI anglican posé au milieu de cette île liliputienne.

Afin de rappeler que Likoma était une zone de passage pendant la traite des noirs vers le port de Dar Es Salaam, l’autel de la basilique a été construit à l’endroit de l’ancien marché aux esclaves. Les ethnies de ce qui est aujourd’hui le Malawi étant plutôt pacifiques, elles ont en effet payé un lourd tribut.

Likoma St Peter Church outside

Likoma St Peter Church cloister

Etant arrivée un samedi en fin d’après-midi, je décide de me réveiller tôt le lendemain pour me rendre à l’office du dimanche et voir ainsi de plus près les choeurs en action. De mon expérience précédente dans les villages de Zambie et du Malawi, la messe est un vrai moment de fête, de chant et de danse qui dure plusieurs heures… Pas question donc de rater (tout ou partie de) la messe à St Peter !

La cathédrale est bourrée à craquer et il fait une chaleur à crever que peinent à masquer deux pauvres ventilateurs qui tournent à bloc au milieu de l’assistance. Les femmes et enfants – tous sur leur 31 – sont assis à gauche tandis que les hommes siègent à droite. Deux chorales enchaînent à tour de rôle des chants entraînants tout en ondulant du popotin… il ne s’agit pas ici uniquement de jouer de son organe vocal : on envoie carrément de la choré ! Olé !!!

Je n’ai pas le courage de rester toute la durée de la messe, mais un des moments forts auquel j’assiste est celui de l’appel aux dons, qui à lui seul dure au bas mot une heure. Des femmes et des hommes se succèdent au micro pour solliciter les donations pour des actions diverses, dont je ne comprends pas un traître mot puisque la messe est en chichewa. Chacune d’entre elles suscite une réaction variée : une assistance plus ou moins nombreuse se lève à chaque fois et remonte l’allée centrale en se dandinant pour déposer son obole dans un panier tenu par quelqu’un qui rejoint ensuite un groupe assis, qui s’occupe de recenser les montants des différents dons.

A certains moments, ça se rapproche presque d’un match de basket, avec une équipe qui danse en ronde autour du panier et donne l’impression de marquer des buts en jetant des billets les uns après les autres dans le susdit panier.

Likoma St Peter Church Sunday ceremony

St Peter cathedrale Likoma donation

 

Et pour finir en douceur, voici à nouveau le lien de ma vidéo de cette escapade merveilleuse de quelques jours seulement… le Ilala ne repassant qu’une fois par semaine, pas question de le rater même si l’idée m’a évidemment traversé l’esprit :

A très bientôt !

 

4 commentaires

  • jean vander elst dit :

    Bon, c’est vrai que je ne regarde pas a chaque envoi, mais a nouveau, comme ce soir où il fait tellement dégueu.dehors,…. dès que je clique sur tes films, je m’évade , je me sens cool, en lien avec toi, avec mes frères et sœurs d’Afrique,….un vrai bonheur. c’est tellement beau, bien tourné, monté,…
    Merci et encore
    Ton parrain

  • SASSEN dit :

    Rhhhoooo ce petit coin de paradis que tu as dégoté. Les scènes de ton ton film respirent la joie de vivre. Ça fait vraiment plaisir à voir!

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