PAPOUASIE : retrouvailles en bateau

Faute avouée à moitié pardonnée ?

Vous n’avez pas eu de nouvelles depuis plusieurs semaines et peut-être même – qui sait ? – ça vous a un peu manqué de ne pas recevoir une petite tartine à lire de temps à autres. Je me dois donc de vous avouer la cause (légitime, mais qui va en faire baver plus d’un) de ce long silence : depuis début octobre, je suis en Papouasie où j’ai rejoint mes amis Luc, Julie et leurs enfants sur leur voilier Bulle… Précision : je parle de la Papouasie indonésienne et non de la Papouasie Nouvelle-Guinée, située plus à l’Est.

Donc :

– Les articles que vous avez reçus depuis deux mois ont été rédigés en Asie et mis en ligne sur l’eau, même s’ils parlaient encore d’Afrique ;

– Que ce soit sur l’Afrique ou la Papouasie, j’ai plein de choses à vous raconter. Il est donc assez probable que nous fassions ensemble quelques sauts spatio-temporels dans les prochaines semaines, si ça ne vous défrise pas trop bien sûr. J’ai notamment plusieurs articles en stock sur l’Afrique à mettre en ligne après celui-ci. Et oui, ce n’est pas parce que nous étions au milieu de nulle part depuis un mois, sans possibilité de communiquer avec le monde extérieur, que ça m’a empêché de bosser !

– A peine vous voilà informés de ma destination des deux derniers mois que je m’apprête à quitter le bateau pour voguer vers de nouvelles aventures plus terrestres, aux Philippines d’abord, puis en Afrique de nouveau… Ah mais oui, mais alors franchement, là, c’est du grand n’importe quoi ! On n’arrive pas à te suivre, Raph ! Tu annonces que tu arrives quelque part et PAF, c’est déjà fini ?

Oui, en effet ! J’ai toujours un train (ou un bateau, en l’occurence) de retard… et j’en suis navrée. Pourtant j’ai bon espoir de réussir un jour à rédiger ce blog au fil de l’eau (pardonnez-moi ce douteux jeu de mot écrit en plein quart de nuit, tandis que nous voguons sur le Pacifique). Mais vouiiiii, puisque je vous le dis : je bosse jour et nuit, moi, môdame, pour essayer de le rattraper, ce foutu retard. La preuve par l’image ci-dessous, au petit matin après ce fameux quart de nuit !!!

Mais il faut avouer que ça prend un paquet de temps de vous raconter mes salades, trier & traiter mes photos, mitonner des petits films, mettre en ligne en pédalant avec les pieds pour produire de l’électricité (ou presque), tout ça tout ça. A chaque fois je me dis « Cet article, ça va être rapide ! Cette fois je fais court »… et puis ça finit toujours par me prendre cinq, six, sept ou huit heures, parfois largement plus. Mais je ne me plains pas, hein ! Au contraire, c’est vraiment un plaisir de partager mes aventures et rédiger ce blog, lire vos commentaires et recevoir vos mails. Je demande juste un peu d’indulgence et de flexibilité géographique de votre part, amis lecteurs.

Quart ordi matin

Bateau-navigation-2

Le Word Wide Web tu connecteras (du moins, tu essaieras)

Vous n’aviez certainement pas besoin de moi pour vous le figurer : ce n’est pas en Papouasie – sur un bateau, de surcroît – qu’on peut s’attendre aux meilleures connexions du monde. Elles sont tout à fait inattendues, au sens propre comme figuré :

– Elles sont imprévisibles et de qualité plus ou moins bonne. Sur le bateau, on ne sait jamais si la prochaine fois qu’on captera sera dans deux minutes, deux heures ou deux semaines, puisque nous disposons de peu d’informations et cartes marines sur la zone et ignorons généralement s’il y aura un village à proximité du prochain mouillage. Je vous passe le détail des heures passées et méthodes utilisées (pas toujours homologuées) pour tenter de capter un poil d’Internet quand il y en avait, envoyer et recevoir mes mails et essayer de mettre en ligne mes derniers articles et photos. Epique !

– Mais elles ont aussi l’immense mérite d’exister. A vrai dire, la fréquence à laquelle nous captons un faisceau d’Internet grâce à nos cartes SIM locales me surprend même beaucoup au début. Il n’y a finalement que dans les zones protégées ou les chapelets d’îles inhabitées que nous nous retrouvons dans un trou noir de communication avec le monde moderne. Mais c’est rare : l’Indonésie étant un des pays les plus peuplés au monde, même dans les îles éloignées, il y a souvent un petit village, une mosquée et une antenne téléphone pas trop loin.

A Sorong, où nous nous sommes arrêtés plusieurs jours pour faire les appros et la sortie administrative du pays, nous capterons même la 3G au mouillage. J’ai pu mettre quelques films en ligne sur lesquels j’avais eu le temps d’avancer… carrément la fête du slip ! Cela dit, j’ai été confrontée à un problème inattendu : Vimeo est inaccessible en Indonésie. Le gouvernement boycotte le site depuis 2014 du fait de deux vidéos au contenu estimé choquant qui y auraient été publiés. On se demande pourquoi YouTube n’a pas subi le même sort, mais je ne vais pas m’en plaindre sinon je perdais tous mes instruments de travail.

 

Isolés, mais rattrapés par l’actualité

Il y a aussi des périodes entières où nous sommes dans ce que j’appelle le « cellular dark », un de ces moments rares de nos jours de « trou noir » d’information et de communication comme j’ai pu le vivre lors de la traversée du Pacifique l’an dernier. Enfin pas totalement… car sur le bateau, il y a toujours la possibilité d’être en contact avec les hommes lorsque nous sommes coupés du monde extérieur et d’Internet. L’adresse satellite du bateau – utilisée avec parcimonie – permet en effet de recevoir la météo en traversée et des nouvelles de la famille.

C’est ainsi que nous avons été rattrapés par la triste actualité en France. Nous avons appris avec 24h de retard les attentats à Paris en recevant les messages effarés, choqués et attristés de nos familles respectives. On a beau être au bout du monde, isolés depuis trois semaines dans un véritable paradis terrestre sans Internet, la nouvelle nous atteint comme un coup de poing dans le ventre. Nous n’avons aucun moyen d’obtenir quelque information que ce soit, autrement qu’en recoupant les rares éléments transmis par les uns et les autres dans leurs messages. Et de leur demander davantage de nouvelles dans un prochain échange email, qui n’aura pas lieu avant le lendemain. L’imagination commence à travailler, la peur aussi pour tous ceux dont on n’a pas de nouvelles (rares sont ceux qui disposent de cette adresse satellite).

C’est probablement là toute l’aberration d’un moment comme celui-ci : cette capacité à être coupés du monde… mais pas assez cependant pour ignorer vraiment tout ce qui s’y passe ni en savoir réellement plus. Et il nous faudra encore attendre deux semaines et l’arrivée aux Philippines pour rejoindre la civilisation (petit update en temps réel : nous sommes arrivés ce matin).

En outre, je me sens mal à l’aise de sentir un tel décalage entre ce que vous êtes entrain de vivre en France et ce que nous vivons au quotidien. Nos histoires de raies mantas faisant des heures de loopings pour se nourrir à 200 mètres du bateau – qui nous excitaient tant la veille – me paraissent aujourd’hui bien vaines et hors de propos ! Et en même temps, la vie continue et comme nous le disent nos familles : ça fait du bien de recevoir de vos nouvelles, si rafraîchissantes ! Alors va pour le looping de raie manta, car c’est complètement dingo de voir cet étourdissant ballet sous-marin !!!

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Cette situation me rappelle une anecdote… sauf que cette fois, je me situe de l’autre côté.

Le 11 septembre 2001, je travaillais à New York tandis que mes amis Pauline, Hélène, Nathalie et Alex voyageaient à Madagascar. De retour d’une rando de quelques jours dans une région paumée, ils apprennent par un gars du village que deux catastrophes majeures se sont produites en leur absence :

  • La première (dans l’ordre d’importance du type en question, tout à fait naturel quand on replace dans le contexte) : une baleine a renversé une barque de pêcheurs et plusieurs hommes du village sont morts noyés, car ils ne savaient pas nager.
  • La seconde : des avions sont entrés en collision avec plusieurs bâtiments à NY et ont fait des milliers de morts.

Suspectant le mec d’avoir une vague origine marseillaise ou d’avoir abusé de substances illicites, mes copains s’étaient à peine inquiétés, pensant qu’il devait s’agir d’un accident mineur et que « radio brousse » avait contribué à déformer l’information. Plusieurs jours plus tard, ils avaient enfin eu accès aux nouvelles dans la ville la plus proche et m’avaient envoyé un mail paniqué en pensant que je bossais encore dans les Twin Towers, sans savoir que nous avions déménagé nos bureaux deux mois plus tôt.

 

Retrouvailles émues sur l’eau

Comme toujours, je dérape, mais revenons à nos moutons. Comme je le disais plus haut, je suis venue en Indonésie retrouver mes amis Luc et Julie et leurs enfants, Ulysse et Anna, avec qui j’ai traversé le Pacifique l’an dernier entre Panama et les îles Marquises en Polynésie Française (via les Galapagos), après avoir terminé mon travail chez Tudo Bom. Un voyage merveilleux et quasi initiatique que je compte bien vous raconter un jour, dont j’ai déjà un peu parlé dans l’article sur la genèse de ce blog racontée pour le Madame Figaro.

Sur leur voilier Bulle, ils ont quitté la France il y a près de trois ans, quand les enfants avaient respectivement 2 et 5 ans, avec l’idée notamment de leur faire découvrir le monde tant qu’ils étaient encore assez petits pour leur faire facilement l’école sur le bateau. Les « Bullots » m’ont donc fait découvrir l’an dernier les joies d’une longue traversée et de la vie de bateau. Nous avons passé des moments inoubliables et j’ai ADORE chaque instant à bord. Au point de me dire qu’il faudrait que je passe quelques années sur un bateau, à un moment ou un autre de ma vie. Vivre dans une maison mobile, sur l’élément que je préfère au monde (l’eau), permettant de découvrir des endroits inaccessibles autrement, tout en croisant en chemin plein de gens et cultures passionnants… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? C’est plutôt ça, la vraie question !!!

Bulle-horizontal

Bulle-vertical

Après avoir partagé beaucoup et rigolé au moins tout autant, nous nous étions quittés en larmes (surtout les filles:)) en juillet dernier. C’est donc avec un sourire jusqu’aux oreilles et beaucoup d’émotion que nous nous sommes retrouvés presque un an et demi plus tard. Lorsque j’ai reçu le mail de Julie me disant qu’ils pouvaient m’accueillir de nouveau à bord à l’automne pour explorer la Papouasie, je m’apprêtais à partir en Zambie. J’étais hyper tentée de dire oui, mais j’avais envie aussi de vivre mon expérience en Afrique au fil de l’eau et jusqu’au bout. Alors quand il est devenu très clair pour moi que l’expérience africaine ne faisait que commencer et que la saison des pluies allait de toute façon débuter (avec moins de boulot possible, donc), j’ai pris ma décision et mes billets dans la foulée !

Venant du Malawi, il m’a fallu pas moins de trois jours entiers de voyage et six vols pour atteindre le petit aéroport de Baubau sur l’île de Buton en Sulawesi. Luc m’y attendait et nous avons pris un bemo pour rejoindre le bateau au mouillage un peu plus loin, sur lequel étaient restés Julie et les enfants. Accueil royal et grosse bamboula en arrivant : musique à fond (The Mojo Radio Gang de Parov Stelar, qui était devenu l’hymne de notre traversée du Pacifique), farandole de câlins et de présents faits main par les enfants, qui apparemment comptaient les jours jusqu’à mon arrivée. Il faut dire que nous avons tissé des liens particuliers évidemment, après deux mois passés ensemble sur le bateau. Et ils me manquaient grave, eux aussi !

Retrouvailles-Indonesie

Ulysse a même été assez sympa pour attendre mon arrivée avant de perdre sa première dent, sachant que j’étais là pour celle d’Anna l’été dernier. Bonne rigolade à chaque fois lorsque nous rédigeons le soir les mots de la petite souris, qui doit user de toute son intelligence pour nous retrouver dans ces endroits paumés. L’été dernier, elle arrivait sur le dos d’une otarie aux Galapagos pour récupérer la dent d’Anna. Cette fois, elle a pris Air Cacatoo pour nous rejoindre à Misool sur le dos d’un cacatoès. Elle en a même profité pour faire un peu de plongée sous-marine en attendant la seconde dent d’Ulysse qui allait tomber d’un moment à l’autre. Dinguo, non ? Surtout quand Ulysse nous demande si on ne l’a pas croisée lors de notre dernière plongée. Et de souligner que c’est normal de ne pas l’avoir repérée, puisqu’elle doit avoir des « rikiki bouteilles de plongée ».

Petite-Souris-Wayag

 

Bienvenue en Indonésie… ici aussi a frappé le selfie

Comme partout ou presque maintenant, ici aussi tout le monde est équipé de smartphones… et l’Indonésie n’a pas échappé à la malédiction du selfie. Plutôt trois fois qu’une, même. En tant qu’étranger, il est difficile de faire un pas où que ce soit sans être alpagué pour prendre la pose avec tous ceux que tu croises (encore plus quand tu te promènes avec un petit garçon tout blond). Nos trognes doivent figurer sur un paquet de téléphones portables (et probablement de pages Facebook aussi) : ceux des marchands dans les étals du marché local, des chauffeurs de bemo, des caissières du supermarché, des pharmaciennes, des officiers de l’immigration, des vendeurs de bord de route et j’en passe.

Comme je le disais plus haut, on tombe généralement sur des habitants même dans les îles indonésiennes perdues. Ainsi, la minuscule langue de sable et de cocotiers inhabitée ci-dessous n’a pas fait exception, puisque les villageois de l’île voisine y avaient organisé un pique nique.
Barque-Indonesie

A peine débarqués à la nage sur la plage, ça n’a pas raté : nous voilà accueillis par une vingtaine de villageois en folie. Après quelques mots échangés, ils dégainent leurs téléphones portables pour se faire immortaliser avec nous, à tour de rôle. A deux, à trois, à quatre, à dix, avec tout le monde. Et zou, on recommence. Ca a duré une demi-heure dans les gloussements de rire cf le petit pêle-mêle souvenir ci-dessous. Nous avons été sauvés par le fait qu’ils ont dû reprendre leurs barques avant la tombée du jour !

Montage-Selfies.jpg

 

Comme toujours, je vous invite à lire la suite dans les prochains épisodes… qui nous ramèneront dans le désordre en Afrique, en Papouasie puis en Afrique et en Papouasie de nouveau, avant de prendre la direction des Philippines probablement. Pas très eco-friendly en matière de kilomètres parcourus, je l’admets… mais fort heureusement, ces déplacements ne sont que virtuels.

Ate breve !!!

 

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