Première vidéo en Zambie : boires… et déboires

Frustration : impossible de mettre mon film en ligne !!!

Comme vous l’avez peut-être suivi si vous avez lu mon précédent billet sur l’éducation en Zambie, cela fait 5 semaines que je suis en immersion au bord du Lac Kariba, une région de Zambie reculée où travaille l’association pour laquelle je suis venue tourner un film expliquant les problématiques liées à l’éducation dans la région et comment elle y répond.

Je tiens à préciser que je n’ai jamais tourné ni monté aucune vidéo dans ma vie. Mais j’aime bien me coller des défis et j’ai très envie aussi d’essayer d’évoluer vers la vidéo dans ma vie pro… alors pourquoi faire simple (un gentil petit film de vacances avec des images sympas sur une bande son entraînante) quand on peut faire tout de suite plus compliqué (un film plutôt en mode reportage, avec beaucoup d’intervenants et de problématiques à mettre en lumière :)) ?

C’est donc avec fierté que j’aimerais partager avec vous ce film de 9 minutes pour School Club Zambia. Ma tendance naturelle étant plutôt à l’auto-flagellation, je pèse mes mots. Mais les connexions Internet toutes pourries ne facilitent pas le travail et j’essuie échec sur échec de téléchargement. Je vais tenter autre chose aujourd’hui, en attendant, j’ai envie de vous parler des (grandes) joies et (petites) déconvenues de ce tournage, car j’ai beaucoup appris.

 

Projections officielles : de huttes en boue à Livingstone

Nous avons fait mercredi à Livingstone une projo officielle devant une cinquantaine de personnes lors d’un événement que l’asso organisait pour lever des fonds. Immense plaisir pour moi d’assister aux réactions live et constater l’enthousiasme et le support que ça a entraîné pour l’asso. J’ai même eu droit à un bruyant  » Congrats, Frenchie ! « , ce que je prends définitivement comme un compliment venant de la part de ces s… d’Anglais :).

Et avant de repartir du lac, j’ai pu improviser une « projo privée » avec Mr Mweshi et Dorcas, deux des protagonistes les plus importants de ce film et deux des personnes auxquelles je me suis beaucoup attachées depuis mon arrivée en Zambie. Trop mignon de les voir réagir et parfois glousser devant mon ordi, assis devant leur hutte en boue. Mr Mweshi m’a ensuite solennellement confié son numéro de téléphone personnel pour que je puisse lui donner des niouzes. Il m’a aussi demandé le plus naturellement du monde pourquoi je n’achetais pas des terres pour m’installer ici… et suggéré pourquoi pas de commencer par une plantation de bananes (il n’y en a pas dans le coin, selon lui ça promet donc d’être une activité juteuse). Avec un business plan monté ainsi sur un coin de tabouret, nul doute que je ne devienne la prochaine reine du pétrole en Zambie !!! Surtout quand on connaît mes talents naturels pour le jardinage et l’agriculture (même un ficus ne résiste pas plus d’une semaine entre mes mains).

La famille Mweshi en plein visionnage

La famille Mweshi en plein visionnage

Boires…

L’univers a une fois de plus merveilleusement bien fait les choses puisque je n’aurais pas pu mieux tomber. En effet :

– Lois et Vicky – qui gèrent l’asso au quotidien sur place – m’ont fait confiance en me sélectionnant à distance parmi 50 candidats beaucoup plus expérimentés en matière de vidéo que moi qui n’avais aucun travail à leur montrer. Je leur avais juste envoyé un mail ultra enthousiaste en réponse à leur annonce tombée du ciel (cf post dédié) et parlé de mes envies pour le futur et de mon passé dans l’entrepreneuriat social. Et c’est précisément cela qu’elles cherchaient avant tout : quelqu’un capable de comprendre et traduire l’état d’esprit entrepreneurial de leur démarche. Et puis on avait eu un coup de coeur mutuel lors de notre conversation Skype. Mais tout de même, chapeau bas sur la prise de risque, car j’aurais aussi bien pu être très sympa et comprendre les enjeux mais leur pondre une grosse bouse !

– J’ai rencontré des gens extraordinaires partout où je suis allée. A la fois dans les écoles, les villages et dans la ferme de crocodile où nous étions hébergés, dans une ambiance super familiale et conviviale. J’ai ainsi eu un bon aperçu de la vie rurale aussi bien que de la vie de bushman / farmer des blancs locaux nés et grandis en Zambie, au Zimbabwe ou en Afrique du Sud (vouiiiiiii, c’est prévu, je vais vous mitonner une série de portraits). Quand on s’est dit au revoir jeudi matin, nous étions tous au bord des larmes (enfin moi, j’étais carrément en larmes, je ne vais pas vous raconter des cracks).

– J’ai eu un atout maître : le temps !!!

Le temps de l’immersion et de la rencontre d’abord, pour comprendre les enjeux, écouter les gens, poser des questions (c’est d’ailleurs devenu un running gag à la ferme cette capacité que j’ai à poser des questions sans arrêt à tout le monde) et écrire le scénario en fonction de toutes les informations recueillies et de ce que j’avais pu engranger comme info par ailleurs.

Le temps de tourner ensuite. Je me suis fait un plan de tournage sur deux semaines, avec des moments dédiés à la prise d’images et de sons et d’autres consacrés au dérushage quotidiennement, question de ne pas être totalement dépassée par la montagne d’interviews et d’images à traiter au moment de commencer le montage.

Le temps de monter, enfin, et dans des super conditions ! J’avais imaginé au départ rester sur place seulement pour le tournage puis monter à mon retour en France… c’eusse été une regrettable erreur !!! Quand je vois le temps que ça m’a pris, je suis ravie de l’avoir fait quand c’était encore chaud et que j’avais 100% de mon temps consacré au montage. Le Lac Kariba est une merveille et ne cesse de surprendre en terme de couleurs et de vie sauvage. Installée dans mon « bureau-terrasse » surplombant le lac quand je n’étais pas dans les écoles ou le village, c’est donc avec un fond d’écran live de toute beauté que je me suis enquillées de longues journées et soirées devant Final Cut. Il y a bien pire comme conditions de travail 🙂

Young Tailor Club - Dorcas aux manettes

 

Mais le principal enseignement de ces dernières semaines, c’est que j’ai presque pris plus de plaisir à monter qu’à tourner. Je n’avais jamais pratiqué Final Cut en-dehors de l’enseignement théorique reçu ces derniers mois. Et j’étais loin d’être sûre que ça me plairait, je pensais trouver ça trop technique et pointilleux. Au contraire, j’ai adoré chaque étape et trouvé ça absolument génial, un réel mix entre créativité et minutie (et j’adoooore rentrer dans les détails).

C’est au moins autant un travail d’écriture visuelle et sonore que de montage technique. Pour utiliser une expression de mon ami voyageur David (dont je vous encourage à lire et soutenir le livre Misadventure is Better si vous avez envie de pratiquer un peu l’anglais… ses histoires sont absolument géniales), c’est comme un vaste puzzle dont toi seul saurait comment emboîter les pièces. Il y a une foultitude de possibilités pour traduire en images ce qu’on a écrit dans le scénario au départ. Mais plus effrayant (quand je pense à ce que les médias peuvent en faire), j’ai réalisé à quel point il est possible de faire dire n’importe quoi à n’importe qui avec un logiciel de montage, en faisant littéralement de la dentelle avec les paroles. Attention, je ne suis pas entrain de dire que j’ai fait dire n’importe quoi à n’importe qui dans mon film, hein, je vous vois venir bande de gnoux !!!

 

… et déboires d’un tournage en solo

J’ai pensé qu’il était intéressant de partager les bons moments… et les moins bons aussi !

Premier GROS moment de solitude avant même le départ : quand j’ai constaté que j’emportais 17 kilos de matos (ordi, trépied, appareil photo, objectifs, micros…) et que j’allais devoir me les fader sur le dos en plus de mon sac de voyage. Dès Paris donc, j’ai dû dire adieu à mes rêves devenus irréalistes de voyage backpack comme je l’aurais fait normalement.

Se débarrasser du superflu ! On aurait pu croire que c’était ma devise la première semaine. J’ai consciencieusement semé un accessoire différent chaque jour pendant une semaine… Ca a commencé dès l’avion où j’ai perdu le pare-soleil de mon objectif 24-70mm (celui évidemment dont je me sers sans arrêt). Et dans d’autres circonstances ubuesques où nous étions trois personnes dans une pièce d’un mètre carré, j’ai perdu un mini accessoire de micro qu’on n’a jamais réussi à retrouver. J’ai donc rapidement appris à mettre ma garde-robe au diapason des jours de tournage, de manière à avoir systématiquement une palanquée de poches dispos dans lesquels glisser caches, filtres, micros etc.

 

Le gros avantage, c’est qu’une fois le superflu égaré, il ne reste plus qu’à se concentrer sur l’essentiel… à savoir faire toutes les boulettes possibles et imaginables dans un seul tournage !!! Voici une liste non exhaustive :

… après l’avoir consciencieusement réglé, oublier d’appuyer deux fois sur le bouton pour démarrer l’enregistrement de l’enregistreur numérique ! Le gentil vendeur du magasin à Paris me l’avait pourtant bien expliqué : attention, si vous appuyez une fois sur le bouton « Record », la lumière rouge clignote… mais ça ne veut pas dire que ça enregistre ! Il faut appuyer une seconde fois et que la lumière devienne rouge en continu. Saloperie de japonais qui nous inventent des trucs complètement tordus, tiens !!! Je l’ai fait un paquet de fois cette erreur avant que ça devienne un automatisme.

… quand on n’a pas oublié de brancher l’enregistreur numérique, oublier de mettre le micro-cravate sur ON et s’en rendre compte au milieu de l’interview…. de manière à avoir un son complètement différent entre le début et la fin de l’interview. Trop facile ensuite pour faire du découpage dans les paroles de l’interviewé sans que les auditeurs s’en rendent compte !!!

… après une copie scrupuleuse de sa carte mémoire sur un disque dur externe, la reformater (et donc en effacer le contenu) avant d’avoir fait une seconde copie sur le disque dur de sauvegarde. Et évidemment, pour une raison qui restera toujours inexplicable, faire en sorte que le premier disque dur efface toutes les infos copiées sans possibilité de les récupérer nulle part. Une journée de travail perdue, trop cool !

…. après 3 jours de dérushage, Final Cut qui t’annonce une « bibliothèque corrompue ». Ah ouais??? Et ça veut dire quoi ça ? Tu veux de l’argent, c’est ça??? J’ai bien compris qu’on était dans un pays où le bakchich était de mise, mais quand-même, pas un logiciel de montage !!! Et de repartir d’une sauvegarde récente mais de perdre des heures à relier un à un l’intégralité des rushs déjà importés dans chacun des dossiers de mots-clés.

… et je passe la dernière boulette. C’est tellement ridicule que j’ose à peine en parler.

Parfois je me serais bien passée à la machette, tiens !

School Club Zambia 4

En même temps, quand tu es toute seule avec autant de choses auxquelles il faut penser et qu’il faut constamment checker en interview, forcément ça prend un peu de temps avant d’être totalement rodée.

En conclusion, si tu rêves de devenir assistant vidéo d’une apprentie vidéaste, n’hésite pas à me laisser tes coordonnées, j’en aurais bien besoin 🙂

Et maintenant, je repars dans mes téléchargements. SVP, croisez tous les doigts que vous avez de dispos (y compris les doigts de pied, dans vos tongs cet été ça devrait être facile) et faites des prières à vos divinités préférées pour que ça marche, même en super basse définition.

Promis, vous serez les premiers informés si un miracle se produit !!! A plus tard les loustics.

 

 

6 commentaires

  • Laurent dit :

    Bravo ! On se réjouit de voir le film bientôt ! Tu continues à te promener dans la région ? La biz

  • SASSEN dit :

    Tu enchaînes, bravo!

  • Delphine dit :

    J’ai hate de voir ton film bella. Je pense a toi depuis NY, big biz

    • Raphaelle dit :

      Merci Delph ! Ca y est, elle est en ligne et je viens de publier un article renvoyant dessus. Tu me diras ce que tu en penses ? Ca m’intéresse beaucoup d’avoir ton avis après nos conversations avallonaises sur le sujet 🙂 Gros baisers du Malawi

  • Nathalie dit :

    Hahaha, merci d’avoir partagé ton expérience et quelle expérience :))
    Faudra nous raconter la dernière boulette 😉 Le coup d’oublier d’enregistrer doit être un classique… J’ai fait la même avec un dictaphone… Après 20 minutes d’interview d’une nana, je m’aperçois (au moment où j’allais arrêter l’enregistrement) que je ne l’avais pas démarré… Et oui… il fallait aussi appuyer deux fois sur start pour lancer la machine et je ne l’avais fait qu’une fois (les constructeurs le font exprès… ???). Autant te dire que j’ai fait un énorme sourire à la fille pour la remercier et me suis bien gardée de lui mentionner que je n’avais rien enregistré… (l’interview n’était pas primordiale non plus) 😉 C’est marrant car tu le fais une fois mais pas deux… 😉

    Besitos guapa et à très vite !!

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