Aide au Népal : et si on remuait nous aussi ?

Népal Drapeaux prière flottant au vent

Loin de moi l’idée de verser dans le mauvais jeu de mot sur un sujet aussi sérieux, mais ce qui s’est passé au Népal il y a quelques semaines m’a drôlement secouée. Evidemment je ne suis pas la seule, et c’est bien l’objet de ce billet.

Nombreux sont ceux qui voudraient aider à la reconstruction d’un pays si cruellement touché par une catastrophe naturelle. Et comme moi j’imagine, nombreux sont ceux aussi qui ne savent pas où, comment, ni à qui donner pour que cela soit vraiment utile. Ou qui, par simple manque de temps, ne l’ont pas fait tout de suite et sont passés à autre chose.

Aide au Népal : pour quoi et à qui donner ?

Il se trouve que plusieurs de mes amies étaient à Katmandou le jour des premiers tremblements de terre. Elles ont vécu ce que je ne souhaite à personne de vivre. Elles étaient là car elles sont marraines de Crystal Kids, une association extra qui existe depuis plus de 11 ans et consacre 100% de ses fonds à financer et gérer des petites structures d’accueil (‘Home’) garantissant éducation et encadrement affectif pour de jeunes népalaises, avec une équipe d’encadrement et le soutien logistique de Saathi, une ONG locale. L’association regroupe aujourd’hui 70 parrains et donateurs. Tout le monde est bénévole et la totalité des fonds recueillis est destinée aux enfants. 

Les 25 petites du home et l’équipe sont saines et sauves, mais les dégâts sont importants sur leur foyer et dans toute la vallée de Katmandou. La situation s’est encore aggravée depuis le séisme du 12 mai. Aujourd’hui les besoins essentiels pour les familles népalaises sont manger, boire et se loger.

Crystal Kids se mobilise via une campagne pour lever des fonds sur Leetchi et aider à la reconstruction, en soutenant plusieurs projets. L’intégralité des dons recueillis serviront :

  • à remettre en état la maison de Katmandou et soutenir la gestion des prochaines semaines. La pénurie règne et les prix s’enflamment.
  • à soutenir l’urgence via d’autres associations sur place qui ont la même éthique que la leur, c’est à dire qui mènent des actions concrètes sans frais de gestion. Notamment Planète Enfants, leur partenaire d’origine, pour soutenir leurs actions envers les enfants et les femmes. Et Azimut Népal, pour la reconstruction du village de Gatlang entièrement détruit et difficilement accessible.

Bref, si vous aviez envie de donner mais ne l’avez pas encore fait ou ne saviez pas auprès de qui le faire, participez à leur campagne Leetchi ! 10 ou 20 euros suffisent, et surtout vous êtes sûrs que 100% de votre don va immédiatement à l’aide aux victimes. Un rapport sera envoyé aux donateurs les prochains mois afin de les informer de l’utilisation des fonds.

Dans la même veine, une autre de mes amies travaille pour l’ONG Humanlaya qui met en place une aide immédiate dans la zone de l’épicentre du séisme (district de Gorkha,  villages du Manaslu, Tsum Valley), dont tous les villages sont isolés encore de tout.

Pourquoi je me « réveille » seulement maintenant ?

Pour être tout à fait transparente, j’ai volontairement (instinctivement?) mis la tête dans la terre, telle l’autruche, pour ne pas voir ni entendre ce qui se passait il y a quelques semaines. Car les tremblements de terre au Népal ont réveillé en moi trop de mauvais souvenirs. Ceux qui me connaissent savent qu’il y a quelques années, je me suis retrouvée au coeur d’inondations catastrophiques au Ladakh (une région himalayenne au Nord de l’Inde très proche du Népal). Elles ont ravagé la région et fait presque un millier de morts, dont quelques européens (unique raison malheureusement pour laquelle cet événement avait été largement médiatisé à l’époque).

Cet épisode a été très difficile pour moi à dépasser, d’autant qu’il arrivait presque 10 ans jour pour jour après le 11 septembre 2001, où je travaillais à NY… autre épisode qui m’avait déjà bien tourneboulé. Alors forcément, quand j’ai entendu pour la première fois parler des tremblements de terre au Népal, ça a d’abord éveillé de mauvais souvenirs. Et j’ai tout fait pour ne rien entendre et surtout ne pas voir d’images. Trop de sensations. Trop de visions vivaces encore dans ma mémoire.

Mais ça ne sert à rien de faire l’autruche. J’ai beaucoup trop de belles images du Népal en mémoire pour faire comme si de rien n’était. C’est un pays qui m’est cher, le premier où j’ai mis les pieds en 2002 quand je suis partie pendant 8 mois faire un tour d’Asie du Sud-Est. J’y ai appris énormément de choses, découvert une ville absolument extraordinaire (Katmandou) et ses alentours, rencontré des gens formidables, éprouvé pour la première fois le vertige des sommets et effleuré la notion de spiritualité.

C’est la première fois que j’ai marché trois semaines d’affilée, redécouvert ce qu’était le rythme naturel de la vie (se lever au même moment que le soleil et se coucher pas longtemps après lui) et être en communion avec la nature (celle-là même qui peut aussi se révéler si cruelle). J’ai pu voir la vie locale et vivre le bouddhisme dans des villages perdus en altitude. Comprendre ce que représentait le fait d’être coupé du monde pendant des semaines (c’est au retour à Pokhara que j’ai appris le résultat catastrophique des élections du premier tour de la présidentielle de 2002).

Comme tous ceux qui ont eu la chance d’arpenter les villes, villages et montagnes népalaises, j’ai été conquise par les sourires radieux des enfants malgré la morve au nez, la douceur et le rire des femmes, la puissance des hommes qui portent sur leur dos des charges impressionnantes jusqu’à deux fois hautes comme eux, en cavalant dans la montagne en tongs, la force tranquille des moines et moinesses dans les temples d’altitude.

En bref, il m’est impossible de faire comme si de rien n’était. Car ce n’est pas aux vieilles pierres et aux beaux paysages que je pense… mais à la détresse de tous ces gens, à leur isolement dans ces villages de vallée ou de montagnes. Je revois ce que c’est que d’être coupé du monde au Ladakh et de manquer de tout. J’y suis retourné un an plus tard et ai pu constater aussi à quel point une reconstruction prend du temps et demande des moyens.

Il n’est jamais trop tard pour se réveiller. Au contraire, il me semble justement que c’est une fois passé le grand moment de compassion généralement provoqué par un événement de ce genre qu’il ne faut pas oublier les personnes en difficulté. Je vous donne ci-dessus quelques pistes pour participer si vous le souhaitez à cette reconstruction, mais si vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à les partager en commentaire.

Merci d’avance pour eux.

 Enfants au Nepal

 

2 commentaires

  • Picot Bernard dit :

    Bravo, Raphaelle, ton essai de carnet de voyage est prometteur. Sophie Amélie a bien fait de me « brancher ». Tu es douée!
    J’ai toujours rêvé de tenir ce genre de carnet. Les élèves de l’école du Louvre qui le faisaient il y a 30 ans me fascinaient …
    Je commence seulement à « croquer » quelques scènes ou paysages depuis 4 ans… après 4 ans de dessin aux Arts Déco….On apprend à tout âge et le résultat importe peu. Il y a d’ailleurs un cours consacré aux carnets de voyage….
    C’est dire que j’ai des raisons d’apprécier ce que tu fais.. Cela donne envie de partir tout de suite et d' »aller voir »!
    Bonne chance et bel été de voyages et de carnets.
    Bernard.

    • Raphaelle dit :

      Merci beaucoup Bernard pour tes encouragements. Je ne savais pas que tu prenais des cours de dessin aussi ! Je vais regarder les cours consacrés aux carnets de voyage pour la rentrée alors. C’est aux Arts Déco ?

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