Rando Maroc Haut Atlas : vallée Ounila

En route pour le Haut Atlas

Fini le surf et les villages de pêcheurs. A moi la rando dans les montagnes multicolores du Haut Atlas et les villages berbères en terre ocre ! J’ai prévu 5 à 6 jours (dont 2 de transport) pour faire cette superbe randonnée à la découverte de la vallée de l’Ounila, entre Telouet et Aït Benhaddou.

Carte_Ounila_maroc

Depuis Essaouira, une (grosse) journée de transport me suffit pour rejoindre Telouet, le point de départ de la randonnée. Premier bus Essaouira-Marrakech (200 kms, 3 heures de route) via la compagnie de bus Supratours (70 Dhm / 7€, deux fois plus cher que le bus local mais plus rapide).
A la gare routière de Marrakech, je retrouve Mohamed, mon guide en or déniché sur Internet au moment de l’embarquement à Orly il y a quelques jours (vive les forums). Super premier contact qui ne fera que se confirmer au cours du séjour. « Moha » est guide depuis 28 ans : il a travaillé 20 ans avec des agences (Terre d’Av, Nomade, Alibert) et est à son compte depuis 8 ans.

Nous enchaînons jusqu’à Telouet avec le Tichka Express, un bus bien plus local comme je les aime tant, où je suis la seule européenne (50 Dhm / 5 €) ! Il n’a évidemment d’express que le nom : nous mettons 5 heures pour faire les 90 kms qui nous séparent de Marrakech. La route tortueuse est tout simplement sublime, notamment lorsqu’on passe le col Tizi n Tichka.

Bus Express Tichka

A Telouet chez Mohamed et Malika

Arrivés à Telouet, nous sommes accueillis chez Mohamed par sa sœur Malika. Elle a 42 ans et vit avec lui depuis qu’il a perdu sa femme il y a quelques années et qu’elle a divorcé (oui oui, c’est possible) de son mari qui buvait trop. Les plus jeunes enfants des deux vivent avec eux. On me présente Titif (Abdelatif), Aziz, et encore plein d’autres.

Malika ne parle pas français, mais ça ne nous empêche pas de parler chacune dans notre langue et avec les mains comme si de rien n’était. Parfois on demande à Moha de nous traduire un truc car les mimiques ne suffisent pas à se comprendre. J’essaye au passage de retenir quelques mots de berbère.

Malika m’apprend à préparer le couscous : la semoule – roulée à la main (et pas sous les aisselles, hein, bande de coquins) 2 ou 3 fois pendant la cuisson dans un mélange d’huile d’olive et d’eau – cuit à la vapeur près d’une heure et demi… rien à voir avec les 5 minutes à l’étouffée recommandées par notre ami Gharbit, qui se moque bien de nous, on dirait.

La maison berbère est organisée en plusieurs vastes pièces qu’on retrouve plus ou moins partout :

  • Une salle ou deux très dépouillées qui servent de chambre commune aux enfants et aux parents à même les tapis ;
  • Une salle de réception tout en longueur, avec des banquettes étroites en U le long des murs, de nombreux coussins, des tapis et quelques tables
  • Une cuisine ;
  • Avec un peu de chance, des toilettes et / ou un point d’eau.

Je suis invitée à me joindre à la famille pour la série télévisée du soir, le petit péché mignon de Malika. Les séries, souvent turques, parfois tout droit venues de Bollywood ou des télénovelas sud-américaines, sont traduites en marocain. Avec force maquillage, voix larmoyantes et rebondissements à gogo, comme partout elles fascinent. Le petit plus made in Morocco : l’intermède prière télévisuel qui interrompt le programme télé en plein milieu. Pendant quelques minutes s’enchaînent chants et images de paysages, fontaines et montagnes qui n’ont rien à envier aux plus belles vidéos de karaoké asiatiques…

Randonnée dans la vallée de l’Ounila : sur la piste des caravanes de sel

Me voici partie pour 3 jours de randonnée sur la piste des caravanes de sel, suivant des sentiers berbères centenaires entre Telouet et Aït Benhaddou (compter 4 à 6 heures de marche par jour). La randonnée peut aussi se faire en 4 jours en prenant des détours, ou en passant par la montagne plutôt que les vallées.

Avant de quitter le village, une petite visite de la Kasbah de Telouet du 19e siècle s’impose. En partie en ruine aujourd’hui, elle servait autrefois de résidence au chef de la puissante tribu Glaoui. Quelques pièces encore préservées sont absolument superbes, avec des mosaïques magnifiques et des vues sur la vallée environnantes. Mais le reste malheureusement tombe en ruine.

Tout au long du chemin, nous traversons de superbes villages de terre ocre fortifiés, construits pour protéger les caravanes de marchandises contre les attaques des pilleurs qui sillonnaient autrefois cette piste caravanière qui reliait le sud marocain aux caravansérails de Marrakech. L’un des plus connus est Anemiter, où le célèbre aquarelliste Jacques Majorelle a séjourné près de 2 ans dans sa grande Kasbah et peint un grand nombre de toiles.

Nous terminerons cette randonnée par la visite du Ksar Aït Benhaddou, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Construit au flanc d’une colline au sommet de laquelle se situait le grenier collectif, les plus anciennes maisons dateraient du 17ème siècle. Pour l’anecdote, un nombre impressionnant de films a été tourné dans ce lieu extrêmement bien préservé, à commencer par Lawrence d’Arabie ou plus récemment Gladiator.

De là, je prendrai un taxi collectif pour rejoindre Ouarzazate puis un bus pour Marrakech.

Hospitalité berbère : du mythe à la réalité

« Ich, Aïcha (Mange, gazelle) !!! ». Mon guide Mohamed aura prononcé ces mots un nombre incalculable de fois au cours de notre randonnée. Impensable d’imaginer ne serait-ce qu’un instant ne pas faire honneur à l’accueil berbère. Ce serait hyper mal vécu.

A peine franchi le seuil de n’importe quelle maison, dans n’importe quel village, une femme s’active en cuisine pour préparer le sacro-saint « whisky berbère » (le traditionnel thé ultra sucré, à la menthe… ou pas). Elle réchauffe également les grandes galettes de pain maison qui accompagnent ou constituent chaque repas (selon le niveau de vie des familles), agrémentées d’huile d’olives (de la vallée) ou de beurre de lait de vache.
Cerise sur la galette : on n’oublie jamais de nous allumer la télé vétuste quand il y en a une… à croire que c’est vraiment le nec plus ultra pour faciliter la digestion de nous faire subir une série turque !

A base de 3 à 6 pauses par jour, en plus des 3 repas habituels, j’ai vite l’impression de me transformer en pain de sucre ou en bombonne d’huile d’olive !!! Mais c’est sûr, ça donne des forces pour marcher ☺.

Du Maroc contemporain au Maroc traditionnel

Alors que se termine aujourd’hui la grande et passionnante exposition « Le Maroc Contemporain », à l’Institut du Monde Arabe à Paris, un tout autre visage du Maroc va s’offrir à moi au cours de ces 4 jours de randonnée improvisée dans le Haut Atlas.

Ces 3 jours d’immersion chez l’habitant permettent de se remettre les pendules à l’heure sur la réalité du « Maroc contemporain » en-dehors des grandes villes.
Le niveau de vie évidemment est très bas. Dans les campagnes, les revenus proviennent généralement de la terre et du bétail, ou de membres de la famille partis travaillés à la ville ou à l’étranger. Les seuls « employés » que nous croiserons sont les ouvriers de la mine de sel de Telouet, dont le travail harassant est rémunéré 50 dirhams (5 euros) par jour… ce qui est pourtant déjà beaucoup plus que ce gagnent d’autres personnes dans la région.

Cette randonnée me rappellera aussi la chance que j’ai d’être née femme dans un pays occidental. Le Maroc est pourtant très loin d’être le pays du Maghreb où la condition des femmes est la pire, au contraire il s’agit d’un des pays les plus modernes de la région. Toutefois, il suffit d’y plonger un petit peu pour se rendre compte à quel point il vaut mieux être un homme. Voir mon billet dressant les portraits des femmes merveilleuses que j’ai eu l’occasion de rencontrer durant mon séjour marocain.

Carnet d’adresses et contacts

  • Un super guide pour un trek au Maroc : je ne peux que vous recommander Mohamed (dit « Moha ») : contact@trek-atlas.com. Après avoir travaillé 20 ans pour Alibert, Nomades etc, il est à son compte depuis 8 ans et sait s’adapter à toutes les bourses et envies. Basé à Telouet, il connaît toutes les régions du Maroc comme sa poche et peut venir vous retrouver dans n’importe quelle ville. Et si comme moi vous randonnez seule, aucun souci à se faire, il est absolument parfait.
  • La Maison les Grottes (pour la nuit précédant l’arrivée Aït Benhaddou) : maison d’hôtes tenue par Mohamed (un autre) et sa délicieuse femme Touda qui cuisine comme un chef et s’occupe aussi de l’association féminine Tafoukt. Km 37 de Telouet et Km 12 d’Aït Benhaddou.
  • Près d’Aït Benhaddou (pour éviter le monde et rester dans la vallée, privilégier le village Assfalou 2 kms avant d’arriveràAïtBenhaddou) :
    • Dans la série luxe, charme et volupté, gros coup de coeur pour le Riad Ksar Ighnda. Village entier racheté par un Français et retapé en hôtel de charme et de luxe. Je n’y ai pas séjourné mais en fait le tour, c’est superbe sans être too much.
    • Dans la série beaucoup plus roots, pour les bourses moins pleines : Gîte Imozzar : accueil très sympa, on est carrément chez le chef du village, trop la classe – GSM d’Hassan 0666250447.

2 commentaires

  • Prevost Caroline dit :

    A voir également la vallée de l’ait bougmez avec ses vues sur l’atlas, les cigognes, et les super randos : voyage terre d’av tres réussi !!

    • Raphaelle dit :

      Oh que oui, tu as bien raison Caroline!!! J’y suis allée il y a trois ou quatre ans pour faire de la rando et j’avais absolument adoré cette vallée, aussi appelée la « vallée des roses », c’est magnifique.

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